Le bilan de la manifestation est mitigé.
Si nous sommes contents d’être arrivés à bon port, à savoir jusqu’au bout de notre concept, c’est en laissant pas mal de monde sur le quai.
Ou au milieu de la tempête qui s’est levée par devers nous dans le verre d’eau de leur paranoïa intransigeante, dogmatique, viscérale.
Ou de leur peur imbécile de débordements imaginaires, comme dans le chef de cette entreprise (Agrafa Communications bvba) contractée pour placer dans Bruxelles 200 exemplaires de l’affiche de la manifestation et qui, craignant que leurs emplacements ne soient vandalisés, a rompu le contrat 2 jours avant le lancement prévu de cette campagne d’affichage.

Le bilan a fait l’objet d’un texte (soumis sans succès comme "carte blanche" au journal Le Soir), que voici :

Droit de réponse au silence

Dimanche 22 janvier une manifestation s’est tenue sur les marches de la Bourse à Bruxelles, sur le thème « Goy, redresse la tête ! (Nous aussi, on est partout) », à l’initiative du Collectif MANIFESTEMENT (CM), qui signait là sa septième manifestation.

Jamais manifestation du CM n’a si peu fédéré : une cinquantaine de personnes tout au plus ont crié haut et fort l’ubiquité incontestable des goys (= non-juifs), à savoir qu’ils sont partout. Jamais l’annonce d’une manifestation par le CM n’avait provoqué la désinscription de journalistes de sa mailing list : 10 l’ont fait, et non des moindres,  comme François le Hodey (patron de La Libre) ou Jean-Pierre Hautier (directeur de La Première – RTBF). Jamais une manifestation du CM n’avait été passée totalement sous silence par les médias, mis à part quelques médias juifs bien sûr. Jamais des personnes approuvant la manifestation avaient néanmoins refusé de s’y impliquer de peur que « des gens ne prenant pas la peine de se creuser la tête » ne la comprennent de travers. Jamais la police n’avait exigé juste avant une manifestation du CM de voir les tracts qui allaient être distribués ou les slogans qui allaient être criés, ni prévenu que la manifestation serait interrompue au moindre incident, ni interdit l’usage du mégaphone (finalement autorisé sous conditions). Jamais l’annonce de la manifestation n’avait valu au CM tant de réprobations, parfois d’une violence extrême, émanant tant de juifs que de goys, et revenant toutes à dire que la manifestation « sentait mauvais », rappelait de « mauvais souvenirs », en clair : était d’un goût douteux aux relents antisémites à peine refoulés.

Et patatras ! Voilà que 4 sites juifs (jewpop.com, philosemitismeblog.blogspot, juif.org et joodsactueel.be) apportent spontanément leur soutien à la manifestation, ainsi que ResistanceS.be dans un article signé Manuel Abramowicz ! Une gifle pour tous ceux, juifs ou goys, qui s’étaient donc offusqués à mauvais escient, trop heureux qu’ils étaient de l’occasion qui leur était donnée de lancer leur procès d’intention préféré, qui flatte leur flair et les conforte dans leur posture de noble vigilance anti-fasciste. Et patatras ! Tout cela n’était que délire paranoïaque épidermique, fourvoiement hystérique de la pensée unique politiquement hyper-correcte, suspicion psychotico-mimétique déplacée et frilosité politico-intellectuelle crasse !

Dire « Les goys sont partout ! » est aussi trivial ou tautologique que « Il y a un sexe entre mes jambes ! ». Mais peu, qu’ils soient juifs ou goys, ont eu le courage de l’avouer. Le CM peut se vanter d’avoir débusqué un nouveau tabou à une époque qui se targue de les faire tomber les uns après les autres. Il y a des choses qui ne se disent pas, ou que sous certaines conditions, comme être juif en l’occurrence.

Et le CM ne tombe-t-il pas lui-même dans le travers qu’il dénonce lorsque, comme nous venons de le faire, il brandit pour montrer patte blanche le soutien de la manifestation par des médias juifs, tel le brevet authentique de son inattaquable anti-antisémitisme ? C’est d’autant plus navrant que, force est de le constater, certains de ces médias ont, en même temps qu’ils nous décernaient notre certificat de non-antisémistisme, réduit la manifestation à un combat de l’antisémitisme. En clair, le CM s’est fait là partiellement récupérer ! Pas sûr en effet que ces médias juifs cautionnent tous l’attitude résolument post-paranoïaque revendiquée par le CM !

Car le but de la manifestation « Goy, redresse la tête ! (Nous aussi, on est partout) » n’était pas la dénonciation de l’antisémitisme. Cette dénonciation n’était qu’un moyen pour interroger le concept d’identité lui-même. Nous aurions très bien pu faire la même manifestation en l’intitulant par exemple « Gadjo, redresse la tête ! (Nous aussi, on est des voleurs !) », en rappelant que gadjo est le nom, généralement péjoratif, donné par les Roms aux non-Roms. Car ce que les mots goy ou gadjo ont de fascinant, c’est qu’ils désignent une identité dont les intéressés ignorent généralement jusqu’au nom : peu de non-juifs savent qu’ils sont goys comme peu de non-Roms savent qu’ils sont gadjos. Cette ignorance n’est pas pour nous propre à ce cas spécial de l’identité goy (ou gadjo), puisqu’elle serait attribuée par quelqu’un d’autre (un juif ou un Rom). Une identité est toujours une attribution, jamais une essence. La problématique de l’identité goy (ou gadjo) est simplement le meilleur point de départ pour déconstruire le concept même d’identité.

Le CM voulait lancer le débat. Qui est tombé dans le vide. Tant la peur d’être pris en défaut d’anti-antisémsitsme aliène les esprits, qu’ils soient obtus ou prétendument éclairés. Le CM se consolera en pensant qu’il aura peut-être contribué à dénoncer cette peur.

 

 

 

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